MJC

En novembre 2025, la MJC de Chambéry va fêter ses 80 ans. De nombreux moments de partage auront lieu afin que l’on puisse se réunir pour cet anniversaire !
En attendant, il est toujours intéressant de se replonger dans l’essence même des MJC et découvrir dans quelles circonstances la MJC de Chambéry est née…

Contexte historique

En 1945, la France redécouvre la liberté après de longues années d’occupation nazie.
Ces années ont complètement perturbé le fonctionnement social du pays et les plus jeunes souffrent d’un laisser-aller. De nombreux enfants sont orphelins, des parents sont emprisonnés et les familles rencontrent des difficultés financières. Les Maisons des Jeunes devaient les accueillir et faire ce que les parents ou l’école ne pouvaient pas faire : faire de ces jeunes des citoyens ouverts qui acceptent le dialogue dans un esprit laïque, une Maison pour tous, ouverte à tous.

De la « Maison pour tous » à la MJ

Dans les années 30, le besoin de cohésion nationale se fait pressant, cette période marque un tournant décisif.
De nouvelles synthèses idéologiques et politiques émergent. L’État doit jouer un rôle de régulateur.
Le service de la Jeunesse du régime de Vichy crée en 1940 les « Maisons des jeunes ». On pourrait penser que toutes ces Maisons des Jeunes, étroitement surveillées par le gouvernement, étaient soumises au maréchalisme. Certaines l’étaient, d’autres ont été tenues par des directeurs un peu plus… neutres et plusieurs sont devenues des noyaux durs de la Résistance.

De la MJ à la MJC

En 1942, depuis le gouvernement de la France Libre à Alger, le Service de la Jeunesse et des Sports est créé. L’État a la possibilité de contrôler les mouvements de jeunesse existants et d’en créer de nouveaux, indépendants. Une cinquantaine de MJ issues du régime de Pétain sont dissociées en mai 1945 (dont celle de Chambéry) sur décision du ministre de l’Éducation Nationale, René Capitant.

Dans une circulaire du 8 mai 1945, René Capitant approuve la création des Maisons des Jeunes sous une forme associative loi 1901 en précisant que l’État se réserve d’agréer chacune de ses associations et de leur apporter une aide, l’importance de cette aide est fonction des crédits ouverts alloués au budget.
La Fédération des Maisons des Jeunes est créée en 1946 et deviendra en 1948 la Fédération des Maisons des Jeunes et de la Culture. Des MJC marquées par son humanisme et par sa volonté de responsabiliser les jeunes et non de les soumettre. L’idée essentielle est de réaliser une éducation et une culture générale des jeunes par eux-mêmes, en groupe. Il importe que se fasse entre les jeunes la véritable éducation de l’esprit démocratique, avec le sentiment qu’aucun d’entre eux n’est capable d’atteindre jamais la vérité totale, mais que chacun peut la chercher. Les MJC se doivent d’être démocratiques, en étant administrée par un Conseil d’Administration.

Les débuts des MJC ont été très difficiles et font douter de l’intérêt que leur porte l’État. Très vite, beaucoup sont à deux doigts de la fermeture. De nombreux projets de développement de l’éducation populaire sont portés par différents gouvernements successifs, mais les moyens restent toujours faibles. Malgré tout, le volontarisme des associations, des directeurs et administrateurs de MJC ainsi que le soutien des collectivités locales permettent aux MJC de résister aux fluctuations du « porte-monnaie » et aux différentes attaques dont elles sont parfois la cible.

Dans les années 50, les moyens financiers augmentent progressivement et les MJC vont prendre une place de plus en plus importante dans les villes. Elles se développent en dispensant des actions éducatives et en donnant une place accrue aux services sportifs et culturels. Une telle évolution aboutit à une professionnalisation grandissante du personnel des MJC et à la naissance d’un contre-pouvoir qu’aucun pouvoir ne peut voir d’un très bon œil !

Entre 1969 et 1995, les MJC passent de la crise interne à la crise sociale.
Méfiant, l’État tente de se désengager, il baisse le niveau de ses aides financières et le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports met en cause l’organisation même de l’institution.
La crise de 1969 éclate, le Président de la Fédération des MJC démissionne, une scission affaiblit la structure et plusieurs Fédérations Régionales sont mises en place. D’année en année, la situation de la Fédération Nationale devient de plus en plus difficile. A partir des années 80, loi de décentralisation oblige, on assiste encore à un abandon progressif de la politique de l’État en faveur du mouvement associatif et à un transfert de responsabilités vers des collectivités locales. Les postes de directeurs sont remis en cause et en 1987 le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports dénonce sa participation au financement de tous les postes pour les revoir à la baisse.

La MJC de Chambéry

En 1936, à Chambéry, une association formée par deux instituteurs de l’École Professionnelle de garçons tente de créer une Université Populaire qu’ils appellent Maison de la Culture. L’idée est bonne, le nom prémonitoire mais le fardeau est trop lourd et la tentative échoue.
Le 13 février 1945, un rapport rédigé par un chambérien, Commissaire Régional des Éclaireurs de France, Marius Daune fait savoir qu’un « Gouvernement de la Résistance se doit d’aider matériellement les organismes privés qui, faute de moyens puissants, n’ont pu assumer leur mission. Nous devons, dans les mois qui vont suivre, développer les œuvres d’éducation de la jeunesse ». Plusieurs créations sont alors proposées : celles d’une Maison des Jeunes, d’une Auberge de Jeunesse et d’un Foyer de Jeunes Étudiants (avec restaurant, quelques chambres et dortoirs). Le rapport précise qu’il serait bon de regrouper ces services dans un même immeuble et ajoute qu’un local est disponible faubourg Montmélian.

Paul Jansen fait un passage fugace à Chambéry en mai et juin 1945 pour tenter de relancer la Maison des Jeunes. Devant le manque de moyens, il démissionne.
Le 21 novembre 1945, l’Association des Maison des Jeunes de Savoie, régie par la loi 1901 est déclarée en Préfecture de Savoie. Première adresse connue, 1 rue des Écoles… Elle n’est qu’une adresse et l’absence de locaux se fait sentir. Divers mouvements de jeunesse de la ville demandent alors à la municipalité de mettre à leur disposition la fameuse vieille bâtisse du faubourg Montmélian frappée de démolition depuis 1939. Les élus acceptent et la Maison des Jeunes partage l’édifice principal avec un centre d’Apprentissage et un Foyer de personnes âgées.

Le bâtiment
En 1639, la Duchesse de Ventadour avait fait construire à cet emplacement un couvent destiné à des religieux, les Carmes. Remanié en 1830 par la fondation du Général de Boigne, le bâtiment devient un hospice d’indigents, « La Maison de Sainte Hélène » et, en 1836, l’aile droite est attribuée à l’œuvre des orphelines. Laissé ensuite à l’abandon pour cause de vétusté, l’ancien Couvent sert, sous l’Occupation, de magasins aux Chantiers de Jeunesse.
Les jeunes chambériens ont donc trouvé leur lieu de ralliement. Cela se sait très vite… et quelques manœuvres de récupération politique ont tôt fait d’apparaître. Les interventions de la direction des la Maison des Jeunes permettent d’affirmer haut et fort sa vocation d’apolitisme.

En août 1947, l’Association demande son affiliation à la Fédération des Maisons des Jeunes et de la Culture et s’appelle désormais MJC de Chambéry.